Le paysage de la politique Camerounaise s’est assombri le 01 Décembre 2025 avec la perte de l’une des figures les plus marquantes de l’Histoire de sa jeune démocratie : ANICET EKANE. Fondateur et leader du Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (MANIDEM), il est décédé à Yaoundé (Cameroun) à l’âge de 74 Ans.
Anicet Ekané est un visage qui s’est imposé à plusieurs générations de camerounais du RDPC en contribuant sous diverses formes dans le jeu complexe de la politique Camerounaise. L’une de ses principales réussites sera d’avoir réussi à rendre incontournable le label d’un Parti somme toute marginal sur l’échiquier politique de la locomotive de l’Afrique Centrale. Aucun des tournants politiques de ses trente dernières années ne s’est opéré sans que ne soit rendu audible et visible la position d’Anicet Ekané, exprimée au titre de sa personnalité ou au nom du Manidem.
Parcours ...
Né à l’aube des indépendances africaines, il va grandir en étant témoin de la richesse bouillonnante des événements de cette période charnière. Il en retirera un exceptionnel sens de l’art du contre-pied et un patriotisme chevillé au corps. Il va surtout développer un instinct marqué pour l’opportunisme, réussissant tout au long de son cheminement à se retrouver au sommet de la vague sans jamais en tomber lorsqu’elle se fracassait sur le destin de l’Histoire.
Anicet Ekané était un intellectuel de haut niveau et un économiste formé dans une école de commerce en France. Très discret sur ses activités hors politique, il a réussi à éviter la majorité des pièges de la compromission, des lâchetés, des trahisons et de l’indignité. Globalement aux côtés de tous ceux
qui s’identifiaient comme « opposition » au gouvernement, il n’hésitait pas à se démarquer dès que la ligne rouge de la mise en danger des intérêts de la Nation commençait à être franchie. Il s’oppose publiquement à la dynamique subversive de l’ "Ambazonie" et condamne tous les acteurs politiques qui s’y acoquinent. Il dénonce le jeu trouble de son partenaire Kamto dans les actes qui suivent le résultat de la présidentielle de 2018. En particulier, il marque son indignation devant le saccage des ambassades du Cameroun à l’étranger. Il soutien la démarche des DDR que Paul Biya lance en lien avec la crise du NOSO, tout en appelant à un dialogue inclusif avec les acteurs républicains des régions touchées par les troubles.
En Juillet 2025 il surprend tous les experts politiques en officialisant l’inscription du candidat Maurice Kamto sous la bannière du MANIDEM pour le scrutin présidentiel d’Octobre 2025. Il venait pourtant de brocarder publiquement son nouveau poulain le mois précédent. Une feinte qui, malgré son effet de surprise réussi, ne lui sera pas profitable et va sonner le crépuscule de sa longue carrière politique. C’est d’abord en interne que le Manidem implose, rendant impossible la désignation par le Conseil Constitutionnel du candidat officiel de ce parti pour la présidentielle du Cameroun. En externe, pour la première fois dans sa remarquable carrière, Anicet Ekane cède au pêché de l’orgueil si dangereux en politique. Il s’engage dans un bras de fer avec les autorités sur sa légitimation à la tête du parti et sur la nécessité de faire tomber le candidat Paul Biya coûte que coûte. Il cède aux sirènes de la génération des activistes des années des « villes mortes » (1991) et semble parier notamment sur un murissement de la société camerounaise pour une révolution pense-t-il « décisive ». Anicet Ekane va participer à la campagne du scrutin 2025 en préparant uniquement la révolte « populaire », aux côtés des activistes des heures de braises du lancement du multipartisme. Sans percevoir que la donne du logiciel qui le guide était périmée.
Une surprise pas si surprenante ...
Pour les camerounais de l’étranger, militants et sympathisants du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), la stratégie et les actions d’Anicet Ekané à ce moment de l’Histoire sont incompréhensibles au sens politique stricte du terme. Son parcours inspirait jusqu’alors le respect dû à un acteur politique qui avait répondu parmi les premiers à la main tendu du Président National Paul Biya, lequel demandait à chaque Camerounais de sortir de la clandestinité pour l’expression de ses idées et de ses actions. Il va également s’inscrire pleinement dans le processus du multipartisme. Upéciste naturel durant comme après les indépendances, il choisit pourtant de se démarquer de l’UPC et fonde son parti qu’il baptise MANIDEM. Il s’inscrit dans le processus de demande d’une « conférence nationale », fidèle à son penchant pour les processus de révolutions comme options privilégiées pour tous changements de caps politiques. Impatient devant le timing de prise de décision sur le cap politique proposé par le Président Paul Biya en 1990, il décide de contribuer à la construction et à l’animation de l’une des campagne de désordre les plus violentes et les plus couteuses de la jeune histoire politique du Cameroun. Le Cameroun se retrouve ainsi malheureusement soumis aux mécanismes suicidaires des villes mortes pendant un semestre dans 5 régions du pays.
Retrouver Anicet Ekane en 2025 aux côtés de ses camarades « du carton rouge » d’il y a une trentaine d’années n’a pas surpris la Diaspora du RDPC. C’est plutôt la naïveté confondante dans la reproduction d’une stratégie ayant déjà fait ses preuves d’échecs, et l’irresponsabilité cynique consistant à jeter une jeunesse chauffée à blanc dans les rues contre les forces de sécurités, qui a choqué de la part d’un acteur arrivé à un âge connu comme étant celui de la maturité et de la sagesse. Comment a-t-il pu rejoindre une stratégie qu’il avait publiquement dénoncée lors du scrutin précédent ? Sa disparition laisse désormais place aux conjectures.
Victoire à la loi ?
Fidèle à son serment de protéger les droits de tous les citoyens camerounais, le nouveau Président de la République Paul Biya a laissé la justice se saisir de cet énième épisode douloureux qu’a été la violence de la contestation post-électorale du scrutin de 2025. Le leader politique Anicet Ekané a été arrêté le 24 octobre 2025, préventivement dans une procédure de flagrant délit de diverses violations des lois de la République. Pendant que la procédure d’enquête suivait son cours, il décède durant son incarcération le 01 décembre 2025. La Justice n’ayant pu aller au terme de son processus, c’est aux Historiens que va être laissée l’appréciation de son rôle dans cette étape de la jeune République du Cameroun. Pour les militants et sympathisants du RDPC, l’impossibilité d’avoir pu entendre LA version des motivations d’Anicet Ekané et sa position au vu des conséquences tragiquement désastreuses de ses actions, laisse un goût amer.
Un pan de l’Histoire politique du Cameroun s’en est définitivement allé. Anicet Ekané a été inhumé le 09 Mai 2026 à Bomono (Moungo) son village natal en présence de quelques figures politiques dont le député et président du SDF Joshua Oshi.
Le Cameroun continue son chemin …






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